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Les ordinateurs personnels Thomson des années 1980
Thomson, un géant industriel français
Thomson SA était un grand groupe industriel français fondé en 1879. Présent dans de nombreux secteurs — équipement médical, télécommunications, aéronautique, énergie — il s'est aussi imposé dans l'électronique grand public avec ses téléviseurs, radios, lecteurs de disques et, à partir du début des années 1980, ses ordinateurs personnels.
En 2001, Thomson Multimedia rachète Technicolor, une société américaine spécialisée dans les services aux industries des médias et du divertissement audiovisuel. En 2022, Technicolor a cédé son activité de licence de marque à un fonds d'investissement américain, et la marque Thomson appartient désormais à Talisman Brands, Inc. (d/b/a Established).
Sur le marché de la micro-informatique familiale, Thomson a lancé plusieurs gammes d'ordinateurs équipés du processeur Motorola 6809 et d'un clavier AZERTY complet — un atout très apprécié des utilisateurs français. Malgré une présence forte dans les foyers et les écoles, notamment grâce au plan « Informatique pour tous » de 1985, Thomson n'a pas su rivaliser durablement avec des concurrents comme Commodore, Atari, Amstrad ou IBM, et a finalement abandonné la production d'ordinateurs au début des années 1990.
Voici les principaux modèles produits durant cette décennie.
La gamme MO (Mono-cartouche / grand public)
Thomson MO5 (1984)
Destiné au grand public et à l'éducation, le MO5 a connu un grand succès en France, notamment grâce à son adoption dans de nombreuses écoles. Il a servi de plateforme à de nombreux développeurs de jeux et de logiciels familiaux.
Caractéristiques principales :
- Processeur Motorola 6809E à 1 MHz
- 48 Ko de RAM (16 Ko de mémoire vidéo + 32 Ko utilisateur)
- 16 Ko de ROM (4 Ko pour le moniteur, 12 Ko pour l'interpréteur BASIC)
- Affichage texte 40×25 et graphique 320×200 en 16 couleurs (avec contrainte de 2 couleurs par zone de 8×1 pixels)
- Clavier AZERTY et connecteur cassette pour le stockage
Côté graphique, le MO5 utilisait un ensemble de portes EFGJ03L (ou MA4Q-1200). Sa palette matérielle RGBI à 4 bits combinait 8 couleurs RGB de base avec un bit d'intensité appelé « P » (pour « Pastel ») qui contrôlait la saturation. Les couleurs dé-saturées étaient obtenues par un circuit PROM mélangeant les composantes RGB selon quatre ratios (0 %, 33 %, 66 %, 100 %), ce qui permettait d'obtenir des teintes comme l'orange ou le gris plutôt que de simples blancs et noirs ternis.
Thomson MO6 (1986)
Successeur direct du MO5 et compatible avec lui, le MO6 reprenait la technologie du TO8 dans un format grand public.
Évolutions notables :
- 128 Ko de RAM
- Microsoft BASIC 128 intégré
- Puce graphique Thomson EF9369 : palette de 16 couleurs choisies parmi 4096
- Nouveaux modes vidéo : 320×200 en 16 couleurs, 640×200 en 2 couleurs, 320×200 en 4 couleurs, 160×200 en 16 couleurs, 320×200 en 3 couleurs avec transparence, double page d'écran, etc.
En Italie, il a été commercialisé par Olivetti sous le nom Olivetti Prodest PC128, avec quelques modifications esthétiques. 21 jeux ont été édités pour cette machine, qui est restée au catalogue jusqu'en janvier 1989.
La gamme TO (haut de gamme et professionnel)
Thomson TO7 (1982)
Premier ordinateur familial de Thomson, le TO7 visait directement le marché domestique, en concurrence avec des modèles comme le Commodore 64 ou l'Atari 800 — sans toutefois atteindre leur succès commercial.
Caractéristiques :
- Motorola 6809 à 1 MHz
- 22 Ko de RAM (8 Ko utilisateur, 8 Ko vidéo, 8 K × 6 bits pour la couleur)
- 20 Ko de ROM (4 Ko moniteur, 16 Ko sur cartouches MEMO7)
- Affichage 320×200 en 8 couleurs (combinaisons RVB), avec contrainte de 2 couleurs par zone de 8×1 pixels
- Sortie vidéo RVB sur prise péritel, compatible 625 lignes / 50 Hz
- Son monocanal sur cinq octaves (une « extension jeu » permettait quatre canaux sur six octaves)
- Clavier de 58 touches avec touches directionnelles
- Stockage par cartouche ou bande magnétique
Le TO7 a été commercialisé sous le nom « T07 » en Allemagne et en Suisse.
Thomson TO7/70 (1984)
Variante améliorée du TO7, la mention « /70 » fait référence à sa quantité de mémoire vive — 70 Ko au total — contre 32 Ko sur la version de base. Cette extension permettait d'exécuter des applications plus lourdes et de manipuler des fichiers plus volumineux.
Thomson TO9 (1985)
Introduit en octobre 1985, le TO9 visait un usage semi-professionnel. Basé sur le TO7/70, il en conservait la compatibilité tout en ajoutant :
- Un lecteur de disquettes 3,5" intégré de 320 Ko
- Des entrées pour stylo optique, joystick et souris
- Une suite logicielle en ROM : deux versions de BASIC, le traitement de texte Paragraphe et la base de données Fiches & Dossiers
Seulement dix jeux ont été édités pour cette machine, qui a été rapidement remplacée par le TO9+ en 1986.
Thomson TO8 (1986)
Successeur du TO7/70 (avec lequel il reste compatible), le TO8 inaugure la troisième génération des ordinateurs Thomson, dont les caractéristiques techniques sont partagées avec le MO6 et le TO9+.
Points forts :
- Microsoft BASIC 1.0 en ROM
- Circuit graphique Thomson EF9369 (16 couleurs parmi 4096)
- Lecteur de cassette intégré, lecteur de disquette externe en option
Plus de 120 jeux ont été développés pour cette machine, ce qui en fait la plateforme Thomson la mieux fournie en logiciels ludiques.
Thomson TO8D
Version améliorée du TO8 intégrant un lecteur de disquettes 3,5" interne, ce qui supprimait le besoin du périphérique externe optionnel.
Variante TO8D/80
La mention « /80 » désigne les 80 Ko de mémoire vidéo embarquée, qui permettaient un affichage plus détaillé et des couleurs plus riches que sur le modèle standard.
Thomson TO9+ (1986)
Le TO9+ est l'aboutissement de la gamme TO. Conçu avec un clavier séparé pour conserver une allure professionnelle, il est basé sur le TO8 et entièrement compatible avec lui — ce qui lui permet aussi d'exécuter les logiciels du MO6.
Sa particularité majeure est son modem V23 intégré (1200/75 bauds), qui en faisait un véritable serveur Minitel, accessible aussi bien depuis le BASIC que depuis le logiciel de communication fourni.
Par rapport au TO9, il apporte :
- BASIC 512
- 512 Ko de RAM
- Lecteur de disquettes double face (640 Ko)
- Modem intégré
- Deux ports pour souris ou joysticks
- Suite bureautique livrée : traitement de texte Paragraphe, base de données Fiches & Dossiers, tableur Multiplan
Très utilisé dans les entreprises et les écoles françaises pour la bureautique et la communication en ligne via le Minitel, le TO9+ n'a toutefois jamais rivalisé commercialement avec les références internationales de l'époque comme le Commodore Amiga ou l'Atari ST.
Le tournant manqué : le Thomson TO16 (1987)
Le TO16 marque la rupture avec l'architecture Motorola 6809 : Thomson tente de prendre le virage du standard PC en adoptant un processeur Intel.
Caractéristiques :
- Processeur Intel 8088 à 4,77 ou 9,54 MHz
- Co-processeur Intel 8087 optionnel
- 512 Ko de RAM, extensibles à 768 Ko sur la carte mère
- 32 Ko de ROM
- Adaptateur d'affichage compatible MDA (IBM), Hercules, CGA et Plantronics Colorplus
- Lecteur de disquettes 5"1/4 de 360 Ko interne
- 2 emplacements d'extension ISA
- Connecteur pour disque dur externe
- Interfaces RS-232C série et Centronics parallèle (connecteur Micro ribbon)
- Modem en option
- Clavier AZERTY complet
Malgré sa compatibilité avec les logiciels existants de la gamme Thomson (TO7/70 notamment), le TO16 est arrivé sur un marché déjà largement dominé par les compatibles IBM-PC, ce qui a rendu sa percée commerciale très difficile. Il reste aujourd'hui une machine recherchée par les collectionneurs.
Pour aller plus loin
D'autres déclinaisons plus confidentielles ont existé, comme le TO7/90 ou le TO9+/120, qui complètent une gamme particulièrement riche pour un constructeur national qui aura, en moins d'une décennie, marqué durablement l'histoire de l'informatique familiale française.