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Variable $$ — récupérer le PID du shell
La variable spéciale $$ renvoie le PID (Process IDentifier) du shell courant, c'est-à-dire le numéro unique qu'attribue le système d'exploitation à chaque processus en cours d'exécution. Cette variable est particulièrement utile dans plusieurs situations courantes que nous allons détailler ci-dessous.
À quoi sert concrètement $$ ?
1. Générer des noms de fichiers temporaires uniques
Quand un script crée un fichier temporaire, il faut éviter les collisions si plusieurs instances du script tournent en même temps. Utiliser $$ dans le nom garantit l'unicité :
#!/bin/bash
# Création d'un fichier temporaire propre à cette exécution
TMPFILE="/tmp/monscript.$$.tmp"
echo "Données de travail" > "$TMPFILE"
echo "Fichier temporaire créé : $TMPFILE"
# Affichera par exemple : /tmp/monscript.17601.tmp
Si deux utilisateurs lancent le script simultanément, l'un aura /tmp/monscript.17601.tmp et l'autre /tmp/monscript.18422.tmp — pas de conflit possible.
2. Tracer un script dans les logs
Lorsqu'un script écrit dans un journal commun, préfixer chaque ligne par le PID permet de distinguer les exécutions parallèles :
#!/bin/bash
echo "[$$] Démarrage du script à $(date)" >> /var/log/monscript.log
echo "[$$] Traitement en cours..." >> /var/log/monscript.log
echo "[$$] Fin du script" >> /var/log/monscript.log
Résultat dans le log :
[17601] Démarrage du script à Sat May 16 14:23:01 CEST 2026
[17601] Traitement en cours...
[17601] Fin du script
On peut ensuite filtrer une exécution particulière avec grep "\[17601\]" /var/log/monscript.log.
3. Créer un fichier de verrou (lock file)
Pour empêcher deux instances d'un script de tourner en même temps, on écrit son PID dans un fichier de verrou :
#!/bin/bash
LOCKFILE="/tmp/monscript.lock"
if [ -e "$LOCKFILE" ]; then
echo "Script déjà en cours (PID $(cat $LOCKFILE)). Abandon."
exit 1
fi
echo $$ > "$LOCKFILE" # On enregistre notre PID
trap "rm -f $LOCKFILE" EXIT # On nettoie à la sortie
echo "Travail en cours sous le PID $$..."
sleep 30
Particularité dans les sous-shells
$$ conserve toujours la valeur du shell parent, même lorsqu'elle est évaluée dans un sous-shell ( … ). C'est un piège classique : on pourrait croire que le sous-shell, étant un nouveau processus, aurait son propre PID via $$ — ce n'est pas le cas.
Pour obtenir le PID réel du processus Bash en cours d'exécution, Bash propose la variable $BASHPID.
Exemple comparatif
~ $ echo $$
17601
~ $ ( echo $$; echo $BASHPID )
17601
17634
Dans l'exemple ci-dessus :
$$affiche17601dans les deux cas : c'est le PID du shell interactif d'origine, conservé même à l'intérieur des parenthèses.$BASHPIDaffiche17634: c'est le PID du sous-shell réellement créé par les parenthèses.
Exemple plus parlant avec plusieurs niveaux de sous-shells
~ $ echo "Shell principal : \$\$=$$ \$BASHPID=$BASHPID"
Shell principal : $$=17601 $BASHPID=17601
~ $ ( echo "Sous-shell 1 : \$\$=$$ \$BASHPID=$BASHPID"
( echo "Sous-shell 2 (imbriqué) : \$\$=$$ \$BASHPID=$BASHPID" )
)
Sous-shell 1 : $$=17601 $BASHPID=17634
Sous-shell 2 (imbriqué) : $$=17601 $BASHPID=17699
On voit clairement que :
$$reste figé à17601(le shell de départ) dans tous les contextes.$BASHPIDchange à chaque niveau d'imbrication :17634pour le premier sous-shell,17699pour le second.
Cas pratique : pourquoi cette distinction est importante
Imaginons qu'on veuille créer un fichier temporaire propre à un sous-shell :
~ $ ( TMP="/tmp/sub.$$.txt"
echo "fichier = $TMP"
TMP_REAL="/tmp/sub.$BASHPID.txt"
echo "fichier réel = $TMP_REAL"
)
fichier = /tmp/sub.17601.txt # ⚠️ même nom que le shell parent !
fichier réel = /tmp/sub.17634.txt # ✅ vraiment unique au sous-shell
Si plusieurs sous-shells utilisent $$, ils écrivent tous dans le même fichier — ce qui peut provoquer des écrasements de données. Avec $BASHPID, chaque sous-shell a son propre fichier.
À retenir
| Variable | Valeur retournée |
|---|---|
$$ |
PID du shell de référence (le shell d'origine) |
$BASHPID |
PID du processus Bash réellement en cours |
Dans un shell standard sans sous-shell, les deux valeurs sont identiques. La différence n'apparaît qu'à l'intérieur de ( … ), et c'est précisément là qu'il faut savoir laquelle utiliser selon l'effet recherché.