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Chronique dune mise à l’épreuve LinkedInienne

Il y a sur LinkedIn de petites scènes de théâtre. Des instants où la fraîcheur, la naïveté et la passion dun étudiant viennent se frotter à la rigueur — parfois au cynisme — du monde professionnel.

Cette semaine, le héros sappelle Nathan Lempereur. Étudiant en BTS SIO SISR, passionné dinformatique, il publie fièrement :

« Sortie de SrvTools 1.0 !! Jai conçu un outil pour simplifier linstallation et la configuration de serveurs Linux. »

Un projet open-source, rédigé en Bash, pensé pour aider les débutants et automatiser des tâches. Un travail concret, fait avec le cœur et la motivation. Bref : le genre de post rafraîchissant quon aimerait voir plus souvent.

Mais voilà : LinkedIn nest pas toujours tendre avec les enthousiastes. Et la plateforme adore rappeler que le monde professionnel, lui, ne s’émerveille pas — il évalue, dissèque, critique.


Acte I Linnocence du créateur

Nathan partage son outil avec sincérité. Il détaille son script, ses fonctions, la compatibilité, la licence. Il répond à tous, poliment, curieusement, avec ses mots à lui.

Son ton nest pas celui dun expert, mais celui de quelquun qui ose. Et rien que pour ça, il méritait des applaudissements.

Mais sur LinkedIn, le tonnerre vient souvent dailleurs.


Acte II Lentrée des gardiens du temple

Le premier commentaire bienveillant arrive, sous la forme dun « bon boulot, mais ». Toujours ce petit mais, fidèle compagnon des compliments à moitié avalés.

« Bon boulot ! Effectivement, la compatibilité avec dautres systèmes serait la bienvenue. »

Un conseil pertinent, certes. Mais déjà, l’équilibre se rompt : Nathan ne soumettait pas une RFC, il partageait sa fierté.

Puis vient le classique :

« Vous connaissez Ansible ? »

Sous-entendu : ton outil, cest mignon, mais ça existe déjà — et en mieux, depuis dix ans. Et quand Nathan répond humblement quil ne connaît pas Ansible, on sent presque la salle soupirer. Oh, le pauvre, il ne connaît pas Ansible.

Pourtant, il reste poli, à l’écoute, curieux. Mais la leçon LinkedInienne est lancée : tu ne peux pas simplement être heureux davoir fait quelque chose — il faut défendre son utilité devant un jury invisible.


Acte III Les coups de pinceau du réalisme

Dautres sinvitent dans la discussion. Les plus pédagogues demandent :

« Comment comptes-tu maintenir les logiciels ? » « Quels sont les impacts si les versions changent ? » « Et la cybersécurité, tu y as pensé ? »

Les plus techniques ajoutent :

« dns-nameservers nest pas dans le fichier interfaces. » « apache2, en prod, sans durcissement ? Non. »

Chacun y va de son détail, de son ajustement, de sa remarque. Et au milieu de tout ça, Nathan reste là — il lit, répond, apprend. Il ne se vexe pas. Il continue. Parce que lui, il voulait juste partager.


Acte IV LinkedIn, ou la pédagogie à reculons

Ce nest pas de la méchanceté. Cest pire : cest lhabitude d’éteindre la flamme.

LinkedIn regorge de gens brillants, compétents, expérimentés. Mais trop souvent, ils oublient une chose : lenthousiasme, ça se protège. Ça ne se corrige pas, ça sencourage.

Face à un jeune qui code un outil, on peut dire :

« Génial, continue ! Et si tu veux aller plus loin, regarde Ansible, ça tinspirera. »

Ou bien :

« Ça existe déjà, ton code nest pas durci, tu réinventes la roue. »

La première phrase fait grandir. La seconde forme les cyniques de demain.


Acte V Ce que Nathan a compris (et que beaucoup ont oublié)

Malgré les remarques, Nathan reste droit dans ses bottes. Il remercie, prend note, annonce une version 2. Il continue à coder, à apprendre, à rêver.

Et cest là que lhistoire devient belle : le garçon na pas perdu sa flamme.

Parce quil a compris ce que beaucoup oublient : le progrès ne vient pas de ceux qui savent tout, mais de ceux qui essaient.


Épilogue Pour ceux qui cassent les pattes sans le vouloir

La prochaine fois quun étudiant publie fièrement son petit outil, son script, sa maquette, souvenez-vous : il ne cherche pas un audit de sécurité. Il cherche un peu de reconnaissance.

Et peut-être que dans dix ans, ce même étudiant sera ingénieur, architecte, CTO. Et quil se souviendra du jour où, au lieu de lui tendre la main, on lui a tendu une liste de dépendances manquantes.

Alors, la prochaine fois, laissez-le être fier. Corrigez, si vous voulez — mais surtout, encouragez.

Parce que casser des pattes, cest facile. Faire pousser des ailes, cest autrement plus noble.

Et puis, après tout… peut-être que Nathan préfère le Bash et APT à Ansible, npm ou autres — et cest très bien comme ça.


🧠 Morale de lhistoire

Sur LinkedIn, il y a ceux qui montrent ce quils savent faire, et ceux qui montrent quils savent mieux. Les premiers construisent. Les seconds commentent.

🔗 Post original de Nathan Lempereur